Résolution n° 3 votée lors du congrès de juin 2018

Résolution n° 3

L’Europe syndicale doit être plus proche des problèmes des salariés

Dans la crise de confiance des citoyens européens et les désaccords qui divisent les états membres, l’union européenne doit se réinventer économiquement et socialement. Le syndicalisme européen entend peser fortement sur un axe social à la hauteur des attentes des travailleurs européens quelles que soient leurs branches.

L’Europe est vécue par bon nombre de salariés comme une menace permanente parce qu’elle permet leur mise en concurrence avec d’autres salariés européens. Le premier réflexe est souvent la demande de fermeture des frontières et le repli sur soi. Dans de nombreux états de l’union l’absence de projets porteurs et les séquelles des crises ont fait grimper en flèche l’euroscepticisme. Pour la CGT, la mise en concurrence des travailleurs est inacceptable et ce sur toutes les dimensions : l’emploi, le salaire, les conditions de travail ainsi que sur la protection sociale.

Toutes les déréglementations, dérégulation à l’échelle européenne ou internationale conduisent à une détérioration des conditions de vie des salariés, cela alimente le moins-disant social au service des multinationales dans le monde.

Les travailleurs du textile, de l’habillement, des blanchisseries et du cuir en Europe et dans le monde subissent de plein fouet cette politique antisociale qui engendre des drames dans certains pays comme le Bangladesh. Les accidents se multiplient, il y a déjà eu des centaines de morts. Ces salariés continuent de subir le chantage à l’emploi des multinationales du textile et de l’habillement. Suite a ces tragédies, un accord pour la sécurité des usines de confection au Bangladesh a été signé pour trois ans. Cet accord arrive à terme en 2018. Les signataires s’engagent à le prolonger de trois ans.

À ce jour, aucune marque française n’a signé cet accord. Le collectif éthique sur l’étiquette et les syndicats CGT des entreprises concernées vont se mobiliser afin d’obliger les entreprises à généraliser cet accord. Notre fédération a publié plusieurs déclarations pour soutenir les travailleurs du Bangladesh. Depuis ces drames, plus de quatre ans ont passé. Le temps est venu d’exiger la transparence sur les entreprises de nos branches d’industrie. De ce fait, une coalition de neuf syndicats parmi lesquels on trouve industriALL  Globale Union  (auquel notre fédération est adhérente), ainsi que des organisations internationales de défense des droits humains ont proposé ensemble le « pacte pour la transparence ». Cette coalition a interpellé 72 entreprises, pour  leur demander d’adhérer à ce pacte et pour le mettre en œuvre avant le 31 décembre 2017. A ce jour, 22 marques et enseignes, dont 13 connues sur le marché européen, se sont engagées à publier des informations sur la filière d’approvisionnement. C’est un début, mais il faut poursuivre notre action.

  • L’Europe sociale a du mal à se construire.

Au mois d’avril 2017 la commission européenne proposait d’organiser un sommet social européen  à Goteborg (Suède) afin de finaliser  et d’adopter une déclaration baptisée socle européen des droits sociaux.

Cette déclaration a effectivement été adoptée à l’unanimité des 27 pays membres le 17 novembre 2017. C’est un texte dont le poids symbolique est important mais sans portée juridique contraignante pour l’instant. Le texte égrène 20 principes et droits censés être respecté sur tout le continent européen, comme le droit à l’enseignement et à l’orientation professionnelle, l’égalité des chances et de traitement, notamment entre hommes et femmes. Il fait aussi mention d’un « salaire minimum approprié devant être garanti, à un niveau permettant de satisfaire aux besoins des travailleurs et de leur famille compte tenu des conditions économiques et sociales des pays concernés, tout en sauvegardant l’accès à l’emploi ». La lutte doit porter sur l’application réelle de ces importants principes.

La CGT avec la CFDT, FO, CFTC et L’UNSA avait d’ores et déjà adressé une lettre aux députés européens français pour leur exposer les revendications syndicales qui lient l’économique et le social.

Dans les instances syndicales européennes notre fédération s’implique fortement pour dénoncer le dumping social au service des grands groupes  de nos branches industrielles. Notre fédération est présente et active lors des réunions organisées par IndustriAll qui touchent à l’activité de nos branches, que ce soit le textile, l’habillement, les blanchisseries ou la tannerie. Cette dernière risque d’ailleurs de subir à moyen terme une chute importante du niveau de sa production européenne. C’est dû essentiellement à des restrictions à l’exportation mises en œuvre par un nombre croissant de commerciaux qui pénalisent le cuir européen pour avantager les importations à faible coût. Cette convergence syndicale entre la CGT et la confédération européenne des syndicats   a abouti a une plate-forme revendicative précise qui s’appuie sur :

- la prévalence des droits sociaux et des droits des travailleurs sur les droits économiques et sur les intérêts privés des firmes multinationales.

- le renforcement des droits des travailleurs pour définir  par la négociation collective leurs conditions de travail et d’emploi.

- Un salaire minimum dans les pays de l’Europe, et une augmentation générale des salaires.

- Une protection sociale de haut niveau, et une retraite digne pour tous.

- La garantie du principe à travail égal salaire égal partout en Europe.

- L’application du droit du travail du lieu effectif de l’activité professionnelle s’il est plus favorable aux travailleurs.

- La portabilité des droits pour les travailleurs.

La plate-forme mérite d’être diffusée et discutée dans les entreprises afin qu’elle devienne une revendication appuyée par les salariés.

Notre activité syndicale au niveau européen est indispensable pour faire avancer les droits sociaux à la hauteur des attentes des travailleurs européens. Notre fédération est présente à toutes les réunions organisées par industriAll qui touchent à l’activité de nos branches et elle appuie son action.

Nous voulons rester une force de proposition dans les débats de notre fédération européenne. Il faut poursuivre en ce sens pour agir efficacement et ainsi mieux défendre les intérêts des salariés de nos industries.