résolution n° 3

Notre activité européenne et internationale doit s’appuyer sur l’action commune, sur la solidarité entre les peuples

Le syndicalisme européen doit s’adapter au monde d’aujourd’hui

Quatre années viennent de s’écouler entre nos deux congrès. Beaucoup de choses ont bougé, notamment au niveau du syndicalisme en Europe. Le 15 mai 2012, la fédération syndicale européenne FSE Thc disparaît suite au congrès de dissolution pour laisser place à la nouvelle fédération syndicale européenne des travailleurs de l’industrie. Le congrès de création s’est tenu le 16 mai 2012. La nouvelle fédération devient alors IndustriAll Trade Union.

Pourquoi cette démarche ?

Les syndicats et leurs membres font face à des défis immenses au niveau européen et mondial. Les conditions fondamentales pour un avenir industriel européen sont mises à mal par la crise économique et politique que nous traversons actuellement et par la stratégie des grands groupes. Les conditions pour une véritable Europe sociale sont elles aussi menacées. C’est dans ce contexte que les syndicats européens des secteurs de la métallurgie, de la chimie, de l’énergie, du papier, des mines, de la défense, du textile, de l’habillement, de la chaussure, des cuirs et peaux, des blanchisseries ont uni leurs forces pour créer cette nouvelle fédération européenne. Elle compte 8 millions de membres dans plus de 230 organisations. Cette force nouvelle devrait nous permettre de mieux lutter pour améliorer les conditions des salariés de nos industries en Europe, elle devrait aider à mettre en avant la production et le développement industriels comme pierre angulaire de la croissance et de la prospérité dans tous les pays européens. L’avenir européen au plan social dépend de secteurs industriels où la production est forte. C’est un facteur clé dans la création de richesses et d’emplois, cela doit être encouragé. L’orientation revendicative, stratégique et politique d’IndustriAll Europe s’est décidée autour de trois axes essentiels pour l’industrie européenne, à savoir : La proposition d’un plan d’investissement européen pour une relance de l’emploi. Une gouvernance économique démocratique et socialement responsable au sein de l’Union Européenne qui vise a améliorer les conditions de vie et de travail pour tous. Un manifeste sur les élections européennes. (La fédération IndustriAll Trade Union a décidé de proposer un projet de texte pour se positionner offensivement dans le cadre d’une démarche syndicale.

Défendre nos spécificités fédérales à la lumière de ce qui se passe en France

Les industries du textile, de l’habillement, de la chaussure, du cuir et tanneries, de la blanchisserie sont sous pression à plusieurs égards. La concurrence mondiale est rude. Elle s’est exacerbée notamment en provenance des pays à bas coûts. La pression sur les salaires, les prix de vente, sur les droits des salariés est constante et forte. La casse de l’emploi s’est poursuivie dans bon nombre de nos branches, des entreprises continuent d’être délocalisées. Toutefois, les secteurs Thcb emploient encore 2,3 millions de travailleurs en Europe (hors Turquie) et restent donc des secteurs industriels importants, ils doivent être une priorité de la réflexion industrielle européenne et de l’action revendicative. En France, nos luttes contre les délocalisations doivent se poursuivre pour que nos mots d’ordre « Produire en France » soient une réalité incontournable. Cela suppose des luttes dans notre pays, mais aussi une grande solidarité avec les travailleurs exploités dans les terres de délocalisation. Il n’y a pas de concurrence entre les salariés de nos branches de quelque pays que ce soit, nous devons lutter ensemble pour que le progrès social s’élève dans chacun des pays. Nos actions communes doivent être dirigées contre les stratégies patronales, celles de la grande distribution qui pillent les pays, appauvrissent les populations, délocalisent à tout va pour faire toujours plus de profits à très court terme. La création de cette nouvelle fédération d’industrie européenne constitué, entre autres, de sept fédérations Cgt nous conduit à engager une profonde réflexion sur nos méthodes et sur notre conception du travail collectif en France et en Europe. Durant ces derniers mois, très régulièrement, des réunions mensuelles interfédérales Cgt se sont tenues pour préparer la mise en place, la création d’IndustriAll. La Cgt a parlé d’une même voix en préparant des déclarations communes ou des interventions, cela n’empêchant nullement les prises de paroles des représentants de chaque fédération. Nous avons pris part aux débats à chaque fois que le sujet discuté le nécessitait. Les enjeux européens, les décisions prises par la commission européenne à Bruxelles ou par le parlement européen ont souvent des répercussions désastreuses pour les salariés et nos pays. La Cgt et notre fédération doivent persévérer et s’investir davantage sur ces questions. Notre bulletin fédéral donnera toute information à ce sujet, des articles seront régulièrement publiés afin de relayer nos positions et celles des autres pays auprès des syndiqués et des militants de nos organisations. La future commission exécutive fédérale devra s’impliquer davantage sur l’action syndicale européenne afin de mieux se positionner sur les sujets qui la concernent.

Notre fédération Thcb Cgt doit être à l’initiative

Dans cette nouvelle fédération européenne, notre fédération Thcb doit prendre toute sa place et œuvrer pour que les actions européennes soient très concrètes et appuyées sur la défense des intérêts des salariés de nos branches. Nous ne pouvons pas rester dans le « théorique », nous devons agir collectivement. Qu’il s’agisse de la politique industrielle et commerciale en France et en Europe, du dialogue social, de la stratégie des comités de groupes européens, des luttes à engager en France et au plan européen, notre fédération doit faire entendre sa voix et être écoutée. Le syndicalisme européen doit entrer concrètement dans les dossiers et dans l’action, avoir un esprit critique certes, mais aussi présenter des propositions syndicales visant à défendre nos productions. C’est aussi le cas pour le statut des salariés de nos branches afin que le progrès social soit le vecteur d’une autre politique industrielle, économique et sociale en Europe.

Notre solidarité internationale doit être développée

Notre action internationale doit être basée sur la solidarité avec les peuples qui luttent contre la surexploitation. C’est vrai dans de nombreux continents où l’exploitation fait rage. C’est vrai notamment en Asie où les salariés du textile du Bangladesh se sont révoltés il y a quelques mois. Après que leurs usines fantômes se soient effondrées sur eux faisant 1.135 morts, ils sont descendus dans les rues pour les salaires et les conditions de travail. Le gouvernement a envoyé l’armée pour les matraquer, c’est dire que le dialogue social n’existe pas. Comme souvent, seul le rapport de force permet d’être écouté. Après plusieurs semaines de grève, la révolte des salariés a permis de voir les salaires minimums progresser de 50 %. C’est un exemple et un encouragement pour toutes celles et tous ceux qui subissent l’exploitation des multinationales du textile et celle des marques dans quelque pays que ce soit. Au Cambodge aussi, les ouvrières et ouvriers du textile se sont révoltés après la mort d’une des leurs lors d’une manifestation textile puissante dans les rues de Phnom Penh. La lutte s’est étendue ensuite à l’ensemble du pays malgré les violentes répressions où la police a tiré à balles réelles sur les ouvriers du textile travaillant chez un sous-traitant de Gap et H&M. Toutes ces luttes courageuses en Asie et ailleurs doivent être encouragées par notre fédération, soutenues. Notre devoir de solidarité doit être une règle essentielle de notre action syndicale internationale. Nous devons exiger, avec l’augmentation de leurs salaires, la reconnaissance du droit syndical et la nécessité de mettre en place des droits syndicaux et sociaux protecteurs pour que la dignité des salariés soit enfin respectée.

Le congrès de notre fédération réaffirme son engagement au sein de cette jeune fédération européenne

Notre congrès fédéral qui s’est tenu à Bourgoin Jallieu (38) du 3 au 6 juin 2014 réaffirme le besoin d’une action syndicale européenne forte basée sur l’action, la solidarité entre tous les salariés de nos branches de tous les pays. Notre action syndicale européenne doit être dynamique et basée sur des orientations offensives et claires, sur des actions motivées et concrètes. En ce sens, avec notre fédération et les autres fédérations de la Cgt, nous entendons prendre toute notre place au sein de cette fédération européenne IndustriAll Trade Union pour développer les luttes et faire avancer le progrès social en France, en Europe et partout dans le monde.